LE KRUGER (AFRIQUE DU SUD)

UN PARC NATIONAL LÉGENDAIRE

Cinquième article sur une série de destinations insolites en Afrique

Le parc national du Kruger abrite près de 1’500 lions selon le dernier recensement.

lion dans le parc kruger

L’Afrique du Sud peut se targuer d’avoir sur son territoire un parc national mythique: Le Kruger. Son nom résonne dans les esprits et évoque pour certains des souvenirs sensationnels. Pour une première expérience de brousse, l’endroit est vraiment recommandé. On y rencontre tous les membres du Big Five, panthéon des rois de la savane, dans des écosystèmes très variés les uns des autres.

Malgré tout, les mauvaises langues disent que l’endroit est devenu touristique, cisaillé par les clôtures de protection et rendu trop accessible grâce aux routes d’accès dorénavant goudronnées. D’aucuns diront que les braconniers gagnent toujours du terrain, avec la soit-disante assistance de gardes-faune corrompus. Ces propos viennent ternir injustement l’image du lieu. La réalité est plus complexe.

Si une infime portion du parc national est certes facilement accessible et très fréquentée une fois par an lors des vacances scolaires sud-africaines, la majorité du Kruger est resté sauvage et authentique. De plus, militaires, experts et gardiens du parc s’évertuent à lutter corps et âme contre le braconnage. Il faut garder en mémoire que le territoire dans son ensemble fait la taille de la Slovénie! Difficile d’en protéger les moindres recoins…

Une grande partie du Kruger est très sauvage. Ces zones sont uniquement accessibles par des pistes de brousse.

piste dans le kruger

Quoiqu’il en soit, la grande qualité du Kruger est la suivante: mettre à la portée de tous la possibilité de vivre une expérience inoubliable de safari. Pour se faire, il suffit de choisir la bonne saison et de bien planifier son itinéraire. Enfin, un petit conseil en passant: les réserves animalières privées voisines au parc national sont aussi remarquables!

UN PARC TRÈS ANCIEN

La renommée du parc est d’abord intiment lié à un roman: Jock of the Bushveld. Le livre, écrit par James Fitzpatrick et paru en 1907, est une autobiographie partielle. Il raconte les aventure dans la brousse d’un conducteur de chariot et de son chien. Le récit est destiné aux enfants, il devient un grand classique de la littérature sud-africaine et fait rayonner autour du monde la région du Transvaal.

Jock of the Bushveld – une histoire qui célèbre la vie dans la brousse.

Dans la réalité, le parc doit son nom au président Kruger, figure prépondérante de l’indépendance sud-africaine et premier président du pays. Sous son impulsion, le parlement du Transvaal approuva en 1896 l’idée (il faut le dire, c’est très progressiste pour l’époque) de créer une petite réserve animalière près de la rivière Sabie. L’intuition était bonne, elle visait déjà à lutter contre le déclin de la faune. Victime de la ruée vers l’or et du braconnage, celle-ci paie aussi le lourd tribut de l’arrivée des colons. Le parc est ouvert au public dès 1926. La même année, on décide de le nommer officiellement parc national Kruger: Il devient rapidement une destination phare de la région. On vient voir les lions depuis loin à la ronde, ce qui encourage les responsables du Kruger à interdire la chasse aux prédateurs en 1935. Le pays se modernise, les autorités prennent déjà conscience du besoin de protéger le patrimoine naturel.

Figure mythique de la résistance des fermiers boers et premier président sud-africain: Paul Kruger.

président kruger

Dans la deuxième moitié du siècle, le territoire ne cesse de s’accroître. Des parcelles sont réunies, des clôtures sont abattues. L’objectif est de permettre la libre circulation de la faune sur des grandes étendues. Aujourd’hui, le Kruger couvre près de 20’000 kilomètres carré. Il s’étend sur 350 kilomètres du nord au sud et fait 60 kilomètres de large.

UNE FAUNE EXTRAORDINAIRE

On le sait loin à la ronde: le parc national Kruger est la destination première en Afrique du Sud pour observer le Big Five!

Le lion, l’éléphant, le buffle, le léopard et le rhinocéros  sont tous présents en très bon nombre dans le secteur. D’ailleurs, le terme faisait partie à l’origine de la grammaire des chasseurs sud-africains de gros gibiers. Heureusement, l’appellation aujourd’hui est dénudée d’hostilité envers ces animaux. Toutefois, il ne faudrait pas que la collection des cinq rois de la savane fassent de l’ombre aux autres espèces de mammifères. Elles sont toutes exceptionnelles.

Les plus chanceux pourront observer le léopard. Il faudra alors sûrement lever la tête et observer les arbres…

Des milliers de zèbres, girafes, koudous, impalas et autres ongulés parcourent le Kruger de long en large. Les oiseaux ont également une place prépondérantes. Profitant surtout des berges de la rivière Olifants, Sabie ou Limpopo, hérons, cigognes, Martin-pêcheurs, Calaos, vautours et autres francolins règnent en maître dans les acacias.

Le rollier à longs brins, un oiseau multicolore que l’on aperçoit en général près des rivières.

un oiseau dans le Kruger

PLUSIEURS ÉCOSYSTÈMES DISTINCTS

Le Kruger regroupe plusieurs types d’environnements naturels. Les paysages qui défilent dans le parc ne sont donc jamais répétitifs. Il s’agit d’un bel exemple de richesse et de variété de la flore. D’ailleurs, l’endroit est inscrit à l’Unesco comme site majeure de réserve de biosphère.

Des régions plus fortement boisées (généralement par des acacias, des marulas et des combretums) dominent le centre du parc et la frontière à l’ouest. Au sud de la rivière Olifants et à l’est du parc, des larges étendues de prairie offrent un écosystème idéal pour les antilopes et autres herbivores. Le nord du parc est plutôt composé d’étendue de buissons épineux. Évidemment, ces zones de végétation se mélangent et se confondent aussi sur l’ensemble du territoire.

Autrement, le relief du parc peu accidenté et relativement plat est traversé par des rivières importantes. Elles tranchent parfois la savane dans des canyons de petites tailles. Des ponts résistants permettent de traverser ces cours d’eau.

L’importance des cours d’eau est indéniable dans les cycles de la flore et de la faune. Les variations du débit des rivières entraînent des mutations saisonnières profondes.

LES RÉSERVES PRIVÉES

Mala Mala, Sabi Sands ou Timbavati sont des réserves privées dont les parcelles jouxtent le parc national. Mais la frontière entre ces réserves et le Kruger est virtuelle. En réalité, les animaux voyagent à leur guise, les clôtures sont inexistantes. L’expérience est exclusive!

Ces réserves animalières sont donc une alternative très intéressante. Elles entre-ouvrent un spectre d’activités plus large. En effet, les gérants des lieux cherchent à valoriser les environs en accueillant très peu de clients mais en offrant des possibilités nouvelles, tels que les sorties de nuit en 4×4 par exemple. De même, les guides employés par ces compagnies sont extrêmement compétents. Ils connaissent les alentours comme leur poche. En général, seulement quelques lodges de haut-standing suffisent pour tout le territoire de la réserve. Dans certain cas, des camps fixes sont aménagés au coeur de la savane pour se plonger dans une ambiance authentique et dépouillée.

Ulusaba Rock Lodge surplombe la savane. Les terrasses en bois offrent une vue panoramique incroyable et invitent à l’exploration.

Sabi Sands lodge

QUAND S’Y RENDRE?

Le Kruger se visite allègrement toute l’année. Le réseau de piste dont les grands axes sont goudronnés facilite l’accès aux différentes régions du parc. De même, Les provinces du Limpopo et de Mpumalanga ne traverse pas de saison des pluies importantes. On ne connaît pas au Kruger les chutes de pluies diluviennes présentes à la même saison en Afrique de l’Est. Enfin, l’aéroport international de Johannesburg est situé à quelques heures de route de l’entrée ouest du parc.

Pour optimiser vos chances d’apercevoir les espèces rares (lycaons et léopards en haut du palier), la période sèche de l’hiver australe est un moment idéal. Entre mai et octobre, le Kruger offre des panoramas bien dégagés. La végétation se réduit petit à petit en allant vers le mois d’octobre. Les herbes sont basses, les buissons moins touffus et les eaux permanentes s’amenuisent. Juillet, août et septembre sont des mois où les températures nocturnes se rafraîchissent sérieusement. Il faut prendre des habits adéquats. Septembre et octobre offrent les scènes classiques de concentration animalière autour des points d’eau.

L’été australe s’écoule de décembre à février. Les pluies sont plus fréquentes à ce moment de l’année, sans pour autant être dérangeantes. Les températures augmentent aussi. Le Kruger se transforme en jardin luxuriant, ce qui ravira les photographes. Le paysage est verdoyant et les rivières abondantes. Cette saison verte est aussi de bonne augure pour observer la vie sauvage. Les nouveau-nés voient le jour dès le mois de décembre chez de nombreuses espèces. Toutefois, il faut éviter si possible le centre du parc lors des vacances scolaires sud-africaines qui sont à cheval sur le mois de décembre et le mois de janvier. À cette période, les réserves privées voisines sont des bonnes options.

Matthieu H. © MUNGO PARK, mars 2015