LE DELTA DE L’OKAVANGO (BOTSWANA)

LE FLEUVE QUI NE TROUVE JAMAIS L’OCÉAN

Premier article sur une série de destinations insolites en Afrique

Labyrinthe de canaux et de marais: bienvenu au Delta de l’Okavango, un secret bien gardé.

vue aérienne en afrique

Le 22 juin 2014, le Delta de l’Okavango devenait le 1000ème site naturel inscrit à l’UNESCO. À la clé d’un tel événement, les organisateurs obtenaient non seulement un coup de projecteur magistral, mais aussi la promesse d’un programme de protection de la faune et de la flore acquis à long terme.

Il n’y a pas de doute à avoir: scientifiques, experts et politiciens avaient grand intérêt à ce que ce millième invité ne manque pas de panache: pour le coup, c’est réussi! Il s’agit d’une belle récompense pour les nombreux passionnés qui ont oeuvré parfois toute une vie à préserver ce formidable héritage. Si vous faites un jour le voyage, ces personnes seront là pour vous accueillir et partager leur enthousiasme.

Malgré tout, le Delta de l’Okavango reste méconnu d’un public large, contrairement aux grandes plaines du Serengeti (Tanzanie) ou au parc national du Kruger (Afrique du Sud). Selon nous, cette région fantastique du Botswana mérite un plus grand rayonnement. Les chapitres suivants tracent les contours fugitifs de cette destination hors du commun, adresse idéale pour effectuer un safari exclusif.

UN DELTA INTÉRIEUR GIGANTESQUE

Les scientifiques parlent d’un delta endoréique, et les poètes, d’un fleuve qui ne trouve jamais l’océan… Comprenez bien, le cas est rare sur la planète: l’Okavango (troisième plus grand fleuve d’Afrique australe) se perd à l’intérieur du continent, prenant sa source sur le haut plateau de l’Angola et rejoignant plus au sud le Botswana. À ce moment précis, ses eaux disparaissent dans les sables du Kalahari, créant un immense delta intérieur composé d’un tissu d’îles et de rivières, de marécages permanents et de prairies inondables…

Ces dispositions très particulières ont de quoi nourrir bien des énigmes! Le paysage est constamment en mutation, jamais similaire d’une année à l’autre.

UN ÉCOSYSTÈME UNIQUE AU MONDE

Le Delta de l’Okavango est unique au monde pour une raison simple: il abrite un écosystème aux caractéristiques particulières. Il s’agit d’un exemple exceptionnel de l’interaction entre différents processus climatiques et biologiques très fragiles. Préservé de l’impact humain, cet écosystème originel est considéré comme étant à 99% intact.

Une caractéristique première de ce site est l’arrivée des crues annuelles au milieu de la saison sèche. Plantes et animaux synchronisent leur rythme biologique sur ce phénomène. Grâce à cet équilibre précaire, le Delta est le théâtre d’un fabuleux spectacle. De vastes plaines sableuses, sèches et brunes se transforment avec l’apparition de la saison verte. Des troupeaux d’éléphants, de buffles, de zèbres et autres grands mammifères se désaltèrent alors dans les eaux claires des canaux après avoir survécu à l’automne sec et aride. Lions, léopards, guépards, hyènes et lycaons ne manquent pour rien au monde ce rendez-vous de chasse…

UNE FLORE EXCEPTIONNELLE ET DES OISEAUX RARES

Fait marquant, le Delta de l’Okavango est un paradis pour les biologistes: les familles de plantes endémiques n’ont d’ailleurs pas encore été recensées dans leur totalité. De même, la richesse de la flore et la présence des insectes attirent inévitablement des centaines d’espèces d’oiseaux. Certaines espèces s’observent d’ailleurs uniquement dans ce secteur du Botswana. En outre, plusieurs colonies d’oiseaux effectuent des migrations importantes. Dès lors, elles sont présentes dans le Delta uniquement à la saison verte.

Un oiseau remarquablement coloré: le “bee eater”

LE DELTA, UN STYLE DE SAFARI

Visiter le Delta de l’Okavango ne se fait pas sans un certain style… D’ailleurs, les voyageurs qui s’y rendent pour la première fois sont en général très surpris. Ce style diffère d’autres grandes régions de safari en Afrique. Exclusivité, aventure, délicatesse, élégance et connaissances approfondies du territoire sont les maîtres mots qui résument l’esprit du Delta. Les gérants des lodges sont profondément consciencieux de la nécessité de préserver le très fragile écosystème dans lequel ils opèrent.

Il faut saisir ici un point essentiel au processus de préservation des lieux: le tourisme en fait partie intégralement. Acteur majeur, il permet le financement des programmes d’études visant la connaissance de phénomènes nouveaux et complexes, notamment les problèmes engendrés par la surpopulation éventuelle de certaines espèces animalières ou l’apparition de plantes exogènes envahissantes. Par ailleurs, les bénéfices engrangés par le tourisme encourage aussi la ré-introduction d’espèce en voie d’extinction, tel que le rhinocéros noir.

LE DELTA, UN STYLE D’HÉBERGEMENT

Point de départ nécessaire à tous les safaris, les hébergements établis dans le Delta sont soumis à une législation très stricte: les matériaux lourds et permanents sont interdis. Du coup, les propriétaires des lodges doivent être inventifs: la majorité des constructions sont effectuées en rondin et en toile. Celles-ci sont en généralement élevées sur pilotis afin d’offrir aux hôtes des panoramas grandioses à 360° sur les champs de roseaux. À l’intérieur, l’ameublement répond à un univers esthétique distingué.

Ces lodges sont reliés aux aérodromes de Kasane et de Maùn par des avions-taxis transportant pas plus de huit passagers par transfert. Ces petits avions, pris en main par des pilotes expérimentés, effectuent des atterrissages en pleines brousses sur des pistes de terre. Pour les visiteurs, ces vols sont extraordinaires puisqu’ils permettent un aperçu global du Delta depuis le ciel.

LE DELTA, DES ACTIVITÉS SINGULIÈRES

Les balades en mokoro sont une spécialité du Delta. Taillées avec des outils manuels dans le coeur d’un tronc, ces pirogues traditionnelles sont parfaitement silencieuses sur les flots. Elles permettent de s’approcher à une distance très rapprochées des animaux depuis l’intérieur des marais. L’expérience est unique!

De même, les guides du Delta sont réputés mondialement pour être de très fin connaisseurs du safari à pied. Ces derniers sont officiellement autorisés à sortir des véhicules pour effectuer en votre compagnie des petites marches d’exploration. Si vous êtes demandeurs, ils seront ravis d’organiser une randonnée plus importante sur une journée entière. Cette manière de faire est sensationnelle, elle emmène le visiteur à la découverte de la vie sauvage dans un esprit primitif et intense.

Autrement, les safaris en véhicules, les safaris à cheval, les sorties de nuit, la pêche à la ligne ou le canoë sont autant d’activités envisageables dans l’offre globale tenue à jour par différents lodges.

Des mokoros attendent sagemment sur la rive

Delta de l'Okavango Botswana Mungo Park

 

DES POPULATIONS INTÉGRÉES DANS LE PROCESSUS

Plusieurs villages autochtones sont situés à l’intérieur des quelques deux millions d’hectares compris dans la zone de protection inscrite à l’UNESCO. Les habitants sont intégrés de manière participative dans le processus et ne sont pas menacés d’expropriation. D’ailleurs, la plupart des guides de safari ont grandis dans ces villages et comprennent les enjeux du tourisme.

Encore mieux, la plupart des lodges ont tissés des rapports d’entraides et de coopérations avec ces communautés. Les visiteurs sont souvent invités à partager un après-midi en leur compagnie. Ces moments sont rafraîchissants de gaieté et de spontanéité.

LES MEILLEURES DATES POUR S’Y RENDRE

Les grands admirateurs vous diront une chose: il n’existe pas de meilleur moment pour apprécier les lieux. Chaque période de l’année intègre un événement majeur et unique dans le cycle millénaire du Delta. En réalité, si vous envisagez de découvrir cet écosystème passionnant, il faut tenter d’être au clair sur vos attentes. En sachant toujours que la nature vous réserve des surprises incalculables et que les prix varient fortement suivant la basse saison et la haute saison touristique!

Quoiqu’il en soit, la saison sèche est généralement l’instant consacré aux safaris visant les grands mammifères et les prédateurs. Les herbes sont basses et les points d’eau se réduisent, optimisant les chances d’apercevoir un bon nombres d’espèce. Cette saison s’étend de mai à septembre. En octobre, les températures sont très élevées. Dès novembre, les premières précipitations annoncent l’arrivée de la saison des pluies qui s’écoule de décembre à février. Cette saison est aussi très intéressante pour observer les nouveaux-nés et les oiseaux migrateurs. Enfin, mars et avril sont des mois de transition.

Matthieu H. © MUNGO PARK, mars 2015