Le toit de l'Afrique

LE KILIMANDJARO

SUR LE TOIT DE L’AFRIQUE

COMMENT ORGANISER L’ASCENSION DU KILIMANDJARO ?

Le toit de l’Afrique tel que fixé dans tous les imaginaires.

le toit de l'afrique
“Kilimanjaro is a snow-covered mountain and is said to be the highest mountain in Africa. Its western summit is called the Masai “Ngàje Ngài”, the House of God. Close to the western summit there is the dried and frozen carcass of a leopard. No one has explained what the leopard was seeking at that altitude…”
Ernest Hemingway – The Snows of Kilimanjaro, 1936.

Coiffée de neige éternelle, la gigantesque silhouette se devine loin à l’horizon. Il faut dire qu’elle échappe à toute logique, se dressant avec panache au milieu des plaines de savane arborée. “Kilimandjaro”, son nom déjà évoque une légende…

Dans l’antiquité, le géographe égyptien Ptolémée le plaçait sur une carte approximative où il fait figurer les “monts de la lune”. D’autres noms circuleront à son sujet. Ici, un navigateur portugais fantasme sur “l’Olympe d’Ethiopie” où le Nil prendrait sa source, ceci en hallucinant sur une contrée dont le sol regorgerait d’or. Là, un géographe britannique parle du Kirimanjara, une montagne recouverte de corail rouge…

On peut comprendre pourquoi l’ascension du Kilimandjaro se passe de motif. Le volcan aimante les esprits. S’y rendre répond à un instinct naturel. Cet article explore les contours des différents chemins qui mènent sur le toit de l’Afrique.

LE KILIMANDJARO EN DEUX SECONDES

  • Point culminant: le pic Uhuru (qui signifie “liberté” en Swahili)
  • Altitude maximale: 5896m
  • Longitude: 37° 21′ 14.39″ E / Latitude: 3° 4′ 35.07″ S
  • Tanzanie / Districts de Hai, Moshi Rural et Rombo
  • Chef lieu: la ville de Moshi au sud du volcan
  • Aéroport: Kilimandjaro International Airport (entre Moshi et Arusha)
  • Première ascension documentée: 6 octobre 1889
  • Participants: le géologue allemand Hans Meyer accompagné de son ami alpiniste Ludwig Purtscheller et Yohanas Lauwodu, un soldat wachagga.
  • Temps classique d’ascension: de six à dix jours
  • Voie normale: Marangu (ou Coca-Cola).
  • Voies secondaires: Machame, Lemosho, Umbwe, Western Breach ou Rongai

L’ascension du Kilimandjaro débute par la traversée de forêts tropicales, les “forêts de brouillard”…

UNE SITUATION PARTICULIÈRE

En réalité, ce que l’on nomme communément Kilimandjaro est la fusion de trois volcans composites: le Shira (à l’ouest), le Mawenzi (à l’est) et le Kibo (au centre). Ce phénomène géologique est identique à celui du célèbre Mt Fuji au Japon ou au Lanín en Argentine. La forme distinctive de la silhouette parle d’elle même: ces volcans se constituent par l’accumulation des coulées de lave lors des éruptions successives. Évidement, le processus se déroule sur plusieurs millions d’années.

Le résultat est extraordinaire. Le massif du kilimandjaro s’élève de manière isolée à plus de 5000 mètres au milieu des vastes plaines du nord de la Tanzanie. Une pareille élévation implique des étages significatifs pour la faune et la flore. En quelque sorte, gravir le “Kili” se résume à visiter plusieurs pays en très peu de temps!

Les spécialistes dénombrent environ cinq écosystème singuliers. Ils s’altèrent en passant de la savane aux forêts tropicales, de l’étage alpin de lande et de maquis aux zones sommitales où gît la calotte glacière. Inutile de préciser à quel point la variété de végétation et de minerais est importante!

Végétation exubérante sur les flancs inférieurs du volcan.

COMMENT ORGANISER SON ASCENSION?

– Choisir un itinéraire approprié –

Comme toutes les montagnes du monde, le Kilimandjaro offre des possibilités d’ascension différentes les unes des autres. Pour organiser son aventure, il faut s’intéresser à ces différents parcours en fonction de ses ambitions et de ses capacités. Se laisser un à deux jours de plus pour une acclimatation optimale à la haute altitude est une très bonne option à envisager.

LE TOPO DU KILI

MARANGU (la voie Coca-Cola)

“Classique, rapide et sans histoire” – 6 à 7 jours

La voie normale empruntée par la majorité des expéditions est très accessible. Les sentiers sont bien balisés et en bon état. Des cabanes le long du chemin permettent de passer la nuit sous un toit plutôt que dans une tente. Malheureusement, à la haute-saison, il faut partager le chemin avec beaucoup de monde! Ce n’est pas pour rien qu’on la surnomme “voie Coca-Cola”…

MACHAME

“Une alternative bienvenue” – 6 à 8 jours

Les pentes sud-ouest de la montagne sont fantastiques. L’itinéraire Machame est une alternative bienvenue qui allonge le trek mais permet une meilleure acclimatation et plus de variation dans les paysages. Ce choix est très souvent plébiscité par les guides. Les nuits se déroulent sous tente.

UMBWE

“Pour ceux qui aiment l’inconnu” – 6 à 8 jours

Plus directe que Machame, la voie Umbwe est peu pratiquée. L’itinéraire est très sauvage et les sentiers sont parfois en mauvaise état suivant la force des précipitations. En chemin, la possibilité de dormir dans des grottes rend l’aventure plutôt extraordinaire. Autrement, les tentes sont nécessaires.

LEMOSHO

“La grande aventure” – 7 à 9 jours

L’ascension du Kilimandjaro est d’autant plus grandiose lorsque l’on aborde le sommet en traversant le plateau Shira. Cet itinéraire peu fréquenté est d’une beauté inégalable. Il implique une longue acclimatation entre 3500 et 4000m., ce qui augmente les chances de succès. En plus, ce parcours permet de gravir en chemin Shira Cathedral, point culminant d’un volcan plus ancien intégré au massif. Nuits sous tentes sur l’ensemble de la voie.

RONGAI

“La face cachée du Kili” – 6 à 7 jours

La voie Rongai est la plus méconnue du circuit. Elle démarre à la frontière entre la Tanzanie et le Kenya avant de sillonner sur la partie nord du Kilimandjaro. Le cheminement est sauvage et préservé des foules. Il offre une perspective différente et rejoint la voie Marangu sur la partie finale de l’ascension.

WESTERN BREACH

“Un raccourci pour les plus aguerris” – 6 à 8 jours

les voies Lemosho, Machame ou Umbwe peuvent aussi mener au Western Breach. Il s’agit d’une option très intéressante pour les randonneurs ayant le pied alpin. Sans être trop exigeant, l’itinéraire permet d’atteindre le Pic Uhuru par l’Ouest. L’ascension finale est donc plus directe, mais l’effort en vaut vraiment la peine: on évite ainsi les sentiers traditionnels jusqu’à la fin.

L’itinéraire Lemosho est sans nul doute le plus varié et le plus spectaculaire en terme de végétation exotique.

 

– Réserver à l’avance –

Réserver votre voyage à l’avance vous permettra d’être assurer d’avoir guides et porteurs compétents durant les saisons idéales, c’est-à-dire lors de la haute saison. Janvier à mars et Septembre à octobre sont les deux périodes annuelles bénéficiant des meilleures conditions météorologiques. On optant pour ces mois, vous optimisez vos chances d’atteindre le sommet.

– S’entraîner intelligemment –

Le Kilimandjaro est une ascension de randonnée. Inutile dès lors de s’entraîner à grimper des cascades de glace ou des falaises de granite. Au contraire, il faut favoriser les longues marches et prendre le temps d’apprendre à connaître ses capacités physiques et mentales.

Pour s’entraîner intelligemment, prévoir un programme sur plusieurs mois en étant de plus en plus exigeant dans le choix de vos randonnées. À la fin de ce programme,s’offrir éventuellement l’ascension d’un 4000 mètres facile d’accès dans les Alpes. Le Bieshorn (Zinal), le Weissmies (Saas-Grund) ou l’Alphubel (Täsch) sont des sommets aisés à la portée d’une personne bien entraînée à la randonnée.

– S’équiper correctement –

Il faut voyager léger (sac de 15kg maximum) en étant attentif aux températures négatives: une doudoune et un sac de couchage adéquat sont fortement conseillés. Mais en premier lieu, utiliser des chaussures de trekking bien formées est une condition sine qua non! On forme des chaussures en les sollicitant régulièrement sur des randonnées conséquentes. Les porteurs se chargeront de transporter la nourriture et l’équipement de camping.

– Se soucier du sort des porteurs –

Les porteurs ont un rôle primordial sur la montagne. Ils transportent le matériel nécessaire aux ravitaillements et au camping. Les charges qu’ils transportent sur la tête et dans le dos sont parfois très importantes. Enfin, cet emplois ne leur garanti aucune assurance en cas de maladie ou de blessure.

Négocier une réduction auprès d’une compagnie de trekking vient souvent couper la marge nécessaire à payer correctement les porteurs. Dès lors, il est important de conclure un contrat avec une compagnie qui soigne les porteurs à la hauteur de leur engagement. Une association lutte pour plus de transparence dans ce secteur.

Les neiges éternelles du sommet font partie de la légende. On les aperçoit de loin.

QUELLES SONT LES DIFFICULTÉS ?

– L’altitude élevée –

Les personnes qui échouent lors de l’ascension finale ne sont pas forcément mal entraînée! Au contraire, ce sont même souvent des randonneurs bien préparés. Malheureusement, ils adoptent parfois un comportement trop compétitif. À plus de 3500 mètres d’altitude, il faut laisser à son corps le temps de s’acclimater. Inutile donc de se presser pour arriver au bout du trek.

Pour éviter les symptômes du MAM (Le Mal Aigu des Montagnes), il faut respecter plusieurs facteurs primordiaux:

  • Boire beaucoup d’eau (3 à 4 litres par jour).
  • Monter lentement en altitude et effectuer si possible des rotations (atteindre un point plus élevé la journée puis redescendre plus bas pour la nuit, ainsi de suite).
  • Prévoir une alimentation riche en hydrates de carbone (par exemple les barres de céréales). Elle aide l’organisme à fournir l’énergie nécessaire.
  • Certaines personnes n’hésitent pas à prendre des médicaments (Diamox) qui stimulent la respiration. Cette option n’est vraiment pas indispensable. Dans l’idéal, éviter ce type de dépendance.

– Adopter une attitude responsable –

Vu que les exigences techniques sont quasiment inexistantes (à part éventuellement pour le Western Breach), la tentation est grande de vouloir marcher plus vite, dépasser les autres groupes et arriver en premier à l’étape. Une telle attitude est vivement déconseillée.

La difficulté principale du Kilimandjaro est d’être à l’écoute de son corps sans se soucier de la progression des autres. Trouver son rythme, profiter des paysages grandioses, s’accorder des temps de récupération aux moments adéquats (jamais au milieu d’une montée raide) et écouter les conseils du guide sont autant d’éléments qui assureront une plus grande chance d’effectuer le trek sans problème important.

Lorsque les nuages de l’après-midi se dissipe à la tombée du jour, le panorama est fantastique.

QUAND PARTIR?

Un climat tropical de savane dicte le système saisonnier en vigueur au Kilimandjaro. Celui-ci est caractérisé par une saison sèche qui s’écoule de mi-mai à mi-octobre. Un courte saison des pluies arrive à la mi-octobre et s’étend jusqu’à fin novembre. On la surnomme “short rains” en anglais. Enfin, décembre à fin février sont des mois chauds et secs avant la longue saison des pluies qui s’étend de début mars à mi-mai.

LES MOIS FAVORABLES

 – DE JANVIER À MARS & DE SEPTEMBRE À OCTOBRE –

En fonction de ces variations climatiques, janvier à mars et septembre à octobre sont retenus majoritairement par les expéditions. Septembre étant généralement le mois de prédilection pour les ascensions. Toutefois, les conditions climatiques du Kilimandjaro varie fortement suivant les étages et l’orientation des versants. Les précipitations, le brouillard, les températures peuvent être différentes suivant la voie d’ascension.

Lors des deux saisons humides, le volcan est presque constamment enveloppé de nuage. Les précipitations peuvent apparaître n’importe quand. En revanche, un modèle relativement régulier rythme les deux saisons sèches. Les matins sont clairs et dégagés à toutes les altitudes. Vers dix heures, des nuages commencent à se former à l’étage des forêts humides. Ceux-ci sont entraînés sur les flancs de la montagne par les vents ascendants au cours de l’après-midi. Ils se dissipent avant la tombée du jour, laissant place à un temps dégagé.

En prolongeant le trek d’une demi-journée, on peut se rendre à proximité du cratère: un endroit lunaire hors du commun!

Matthieu H. © MUNGO PARK, avril 2015