Le carnet · Récits d’Emile

Derrière les oreilles.

À Kwandwe, une intervention sur deux rhinocéros a laissé un souvenir très précis : la douceur inattendue de la peau derrière l’oreille.

Guides et membres de l'équipe attendent dans plusieurs véhicules de safari, tôt le matin, avant l'intervention sur les rhinocéros.

Kwandwe, 2016.

Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait ce matin-là. J’avais été invité à Kwandwe pour découvrir la réserve et comprendre le travail qui s’y fait. On m’avait seulement dit qu’une équipe devait intervenir sur deux rhinocéros blancs. Rien de plus.

Nous avons attendu dans les véhicules pendant que l’hélicoptère cherchait les animaux. On l’entendait passer derrière les collines, disparaître, revenir. Puis la radio a grésillé : ils étaient localisés. Le vétérinaire les a poussés vers une zone dégagée avant de tirer. La mère d’abord, le petit ensuite. Quelques minutes plus tard, les deux rhinocéros étaient couchés sur la terre sèche.

Le vétérinaire et l’équipe encadraient chaque geste. Quand ils nous ont fait signe, nous avons pu approcher.

Un hélicoptère survole à basse altitude une piste de terre dans le bush aride de Kwandwe, à la recherche des rhinocéros.

Une douceur inattendue.

Tout le monde savait quoi faire, et personne ne parlait plus que nécessaire. Les mesures, les prélèvements de sang pour les analyses et pour la banque ADN qui permettra, un jour, de relier une corne saisie à un animal précis. Les injections de vitamines. On sentait que chaque minute comptait. À ma grande surprise, on m’a permis de participer. J’ai injecté des vitamines dans le muscle, guidé par l’équipe. Puis est venu le moment auquel je ne m’attendais pas : percer la corne pour y sceller une puce.

Je me souviens avoir pensé, très clairement : je suis en train de percer la corne d’un rhinocéros.

Et la corne m’a surpris. Je m’attendais à quelque chose de dur, presque comme de l’os. La mèche a mordu bien plus facilement que je ne l’imaginais, en laissant des éclats pâles sur la surface. On sait que c’est de la kératine, la même matière que nos ongles, mais le savoir et le sentir sous l’outil sont deux choses différentes.

Puis il y a eu la peau. Sur les flancs, elle est dure comme du bois, une carapace sèche et craquelée. Mais derrière les oreilles, c’est autre chose : une douceur que je n’attendais pas, fine, délicate, presque humaine. J’ai gardé la main posée là quelques secondes, sans doute plus longtemps que nécessaire. Un animal capable de renverser un véhicule, et ce point de tendresse au creux de l’oreille.

Deux membres de l'équipe de Kwandwe posent les mains sur un rhinocéros blanc sédaté et couché au sol, les yeux bandés ; la sarbacane de fléchettes est posée dans l'herbe derrière.

Puis ils se sont relevés.

Une fois l’intervention terminée, nous sommes remontés dans les véhicules. Le vétérinaire a procédé au réveil des animaux.

Le petit d’un côté, la mère de l’autre. Pendant un instant, nous avons cru qu’ils s’étaient perdus. Et puis ils se sont retrouvés, sans hésiter, avant de disparaître ensemble dans le bush. Pendant quelques minutes, personne n’a dit grand-chose dans le véhicule.

Depuis cette matinée, une observation de rhinocéros me ramène aussi au travail que l’on ne voit pas : les équipes, le suivi et les moyens nécessaires à leur protection.

Le travail se poursuit.

Le Kwandwe Rhino Conservation Trust, fondé en 2019, soutient la protection des rhinocéros dans cette région. Son site présente son travail et les possibilités de contribution.

Ce récit relate une invitation particulière en 2016. Il ne décrit pas une activité proposée systématiquement aux voyageurs.

Repères : Kwandwe Rhino Conservation Trust

Par téléphone, en visioconférence ou à Genève

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